Quelques réflexions sur la presse satirique
par Payda, le 15 Avril 2008 à 14:35 (modifié le 19/04/2008 à 10:51)
Au vu des quelques heures passées sur ce sujet, je mets mon travail à disposition, en espèrant que cela puisse être utilise à quelqu'un ...
La presse satirique était elle plus mordante dans le
passé ?
Introduction :Définition de la presse satirique
quelques titres les plus connus
poser la problématique : les journaux satiriques étaient ils plus mordants dans le passé qu'aujourd'hui
I / Oui, les journaux satiriques étaient plus mordants dans le passé
- Monarchie ( Louis Philippe)
temps de guerre ( Charlie Hebdo, hara kiri ...)
la caricature au service de la satire
Des attaques qui poussent les journaux à répliquer de manière encore plus virulente
II/ Mais en même temps, c'était un moyen de contourner la censure par le rire
Quitte à frapper, autant frapper fort !
petits rappels historiques et événements marquants de la censure sur les journaux satiriques + peines encourues
Selon les périodes, prises de risques, il fallait donc que cela marque les esprits !
III/ Reste que les journaux satiriques de nos jours jouent toujours un rôle assez marquant
des critiques tout de même acerbes ( gouvernement ...), même si leur impact est moins fort
Moins fort du fait d'une banalisation de la satire ( les guignols par exemple)
Mais une satire qui reste quand même souvent mal perçue ( les caricatures de Mahomet)
de nos jours beaucoup de tabous et interdits (sociaux, politiques, moraux, etc.) sont tombés, ce qui favorise encore l'éclosion de critiques, malgré de vives résistances (Caricatures de Mahomet).
Introduction
La caricature, la parodie, le burlesque, le démasquage, tels sont les procédés qu'utilisent les journalistes de certains quotidiens. Procédés qui leurs permets d'entrer dans la catégorie des journaux satiriques et autrefois désignés par Freud comme « visant au rabaissement ».
Il est ardu de déterminer avec précision la naissance de la presse satirique. Tout porte à croire que l'un des précurseur en France est Le Nain jaune, créé en décembre 1814. Sa cible, les tenants de l'Ancien régime, était désignée sous le terme de « Chevaliers de l'Eteignoir ». La censure sévissant de manière régulière, en période de guerre, de troubles divers ou de gouvernements peu enclins à donner à la presse la liberté d'expression, le genre satirique a eu grand mal à échapper aux ciseaux d'Anastasie. Mais c'est aussi ce qui a fait sa force et son désir d'aller encore plus loin dans la critique, en appréhendant l'actualité de façon ironique.
De nos jours, les titres symboliques sont Le canard enchaîné et Charlie Hebdo, dont le passé est tumultueux. Un passé qui pose par ailleurs une problématique fort intéressante, à savoir si la presse satirique était plus mordante dans le passé qu'à l'heure actuelle.
Pour cela nous verrons dans une première partie que les journaux étaient plus poignants dans le passé, mais nous relativiserons dans une seconde partie en expliquant que la satire était un moyen de contourner une censure impitoyable. Puis nous verrons en dernière partie que les journaux satiriques actuels jouent encore un rôle marquant.
I/ Oui, les journaux satiriques étaient plus
mordants dans le passé
Il est particulièrement visible que la presse satirique avait tendance a être beaucoup plus mordante et acerbe auparavant, surtout si l'on se place dans le contexte historique où les tabous étaient nombreux et où les diverses institutions étaient à la limite du sacré. D'autant que le dessin se met au service de la satire à partir de la révolution de 1789. Des hebdomadaires tel que Les Révolutions de France et de Brabant de Camille Desmoulins lui font une large place. La presse Royaliste contre-attaque en publiant de son côté des caricatures anti-révolutionnaires. La caricature est donc une arme mais surtout un langage politique au service de la presse.
Pour preuve, Louis-Philippe 1er, roi des français de 1830 à 1848 fut victime de la plume de Charles Philipon qui publia dans La Caricature la célèbre caricature du roi en forme de poire. Caricature qui sera bien entendu condamnée.
Mais il faut citer également l'action du Canard Enchaîné durant les deux guerres mondiales. Il voulait répondre à trois objectifs : informer, amuser et dénoncer. L'acte de dénonciation était particulièrement dirigé vers les pouvoirs profitant de la guerre. Les occupants, bien sur, mais aussi les « embusqués » qui devaient à leurs relation de se tenir loin du front, les gendarmes, le clergé et surtout l'Académie française, présentée comme « un repaire de vieillards pousse-au-crime, tout comme le Sénat ». Les députés n'échappèrent donc pas à la critique du journal. Ils avaient « pour principal objectif de conserver leur situation très profitable aussi longtemps que possible même si cela devait signifier la poursuite de la guerre pendant des années. » Ces accusations étaient assorties de dessins frappants. Un riche industriel accueillant en maugréant les représentants de l'Action française et du clergé venu lui réclamer de l'argent ou une petite fille priant Dieu de prolonger la guerre pour son papa munitionnaire qui était devenu un nouveau riche grâce au conflit. Et l'après guerre ne calma pas pour autant les ardeurs de l'hebdomadaire. L'arrivée d'Hara Kiri Hebdo, le 3 février 1969, au côté du Hara Kiri mensuel, renforce le mordant de la presse satirique. Arborant un sur-titre significatif, « bête et méchant », le journal du professeur Choron et de François Cavanna affiche des unes colorées et frappantes. « C'est Poher qui a les plus grosses fesses », « Lequel on va noyer ? », « Appariteurs musclés, l'ordre règne à l'université » sont quelques titres du Hara Kiri Hebdo, qui sera par la suite remplacé par le fameux Charlie hebdo en 1978 dont le quatrième exemplaire aura pour une «Pompidou : faites des gosses, nous ferons le reste » ou dans un autre registre, Jésus Christ sur sa croix clamant : « Pour le pétrole, adressez-vous à Allah ». Politique, religion, moeurs et tabous sont critiqués de manière très forte. D'autant que les nombreuses attaques dont sont victimes ces journaux les poussent à répliquer de manière encore plus virulente.
II/ Une presse satirique virulente, qui n'avait que le
rire pour contourner la censure
Le détour par le rire avait une utilité contingente. Outre l'envie de parodier et démasquer, la satire était un moyen de contourner la censure. Les ciseaux d'Anastasie, comme elle fut couramment nommée. Car la liberté de la presse, pourtant proclamée dans l'article 11 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 a été bafouée à de multiples reprises.
De ce fait, dans ses premières éditions, Le Canard enchaîné déclarait : « Le Canard enchaîné prend la liberté grande de n'insérer, qu'après minutieuse vérification, que des nouvelles rigoureusement inexactes. Le public veut des nouvelles fausses. Il en aura » Il est bien évident que les censeurs n'ont pas toujours été dupes de ce stratagème et que le Canard, comme beaucoup d'autres, a vu bon nombres de ses articles censurés. Et c'est d'ailleurs aux côté de L'Homme enchaîné de Clémenceau qu'il lutta vivement. Lorsque le 3 août 1914 le ministre de la guerre déclara : « Prière de faire connaître d'extrême urgence à la presse, l'interdiction qui lui est faire, par le Gouvernement, à partir d'aujourd'hui même, de publier aucune nouvelle relative aux évènements de la guerre( transports des troupes, composition des armées), qui ne lui aurait pas été communiqué par le Bureau de la presse fonctionnant au minisistère de la Guerre », il enterra tout simplement la liberté de la presse. Ces recommandations furent complétées par d'autres peu de temps après. Anastasie était lâchée et plus grand chose ne pouvait l'arrêter. En guise de protestation mais également par manque de temps pour produire autre chose, les journaux paraissaient avec des blancs en lieu et place des articles censurés. Et même si la base de la censure était honorable, elle en devient abusive. D'où la tirade de Beaumarchais, reprise par Alfred Capus dans Le Figaro: « Pourvu qu'on ne parle en ses écrits ni de l'autorité, ni du gouvernement, ni de la politique, ni des corps en crédit, ni des blessés, ni des atrocités allemandes, ni du service des postes, on peut tout imprimer librement sous la surveillance de deux ou trois censeurs ».
Des abus donc, qui conduisirent, outre à l'interdiction de certains articles, a de nombreuses sanctions pendant de longues années. En 1970, l'Hebdo Hara Kiri fut interdit pour avoir titré sur « bal Tragique à Colombey : 1 mort », suite à la mort du général de Gaulle et en référence à un fait divers, l'incendie d'un dancing où 146 personnes moururent.
Plus grave encore qu'une simple interdiction de publier, la censure a permis à de vils massacres de passer aux oubliettes, du moins pendant un certain temps. Une référence des plus marquante est sans aucun doute la manifestation du 17 octobre 1961 des algériens dans les rues de Paris qui a déclenché une répression meurtrière,la police allant jusqu'à jeter des corps dans la Seine. Événement sanglant qui ne fut quasiment pas mentionné dans les journaux ou, lorsqu'ils étaient publiés, allaient en faveur des policiers, avec un bilan officiel de seulement 3 morts. Quelques titres comme L'Humanité et Libération ont clamé à la censure Gaulliste, mais avec point trop d'hardiesse par peur de la saisie.
Ces évènements, qui ne sont qu'une infime partie des marques de la censure, démontrent que la critique et tout simplement la vérité pouvait être fatale aux journaux et à leurs rédacteurs. Par conséquent, il est clair que les journaux satiriques se devaient de frapper très fort pour marquer les esprits de leurs lecteurs et de l'opinion publique de manière forte et durable. L'exemple d'Hara Kiri est représentatif, puisqu'il fut qualifié de pornographique et sadique par le gouvernement et que ses unes sont encore régulièrement évoquées.
III/ Il faut toutefois noter que les journaux satiriques
jouent toujours un rôle marquant
Actuellement, nous sommes face à une banalisation de la satire. Elle se retrouve partout autour de nous, que ce soit à la télévision avec les Guignols de l'info, dans les one man shows et bien entendu, toujours dans la presse. Les titres se sont multipliés, d'autant qu'avec l'arrivée du net, il est très aisé de publier des écrits. Des publications comme Brave patrie ont choisis internet pour exercer leur satire. Il en ressort que la presse satirique est bien moins mordante que par le passé. Pour point de comparaison, en 1978 le Canard enchaîné titrait sur « Avortement : une espèce en voie de disparition, la maman » alors que dernièrement la une était : « Cécilia en grève illimitée et pas de service minimum ». La différence de portée est flagrante. En 1978 on s'attaquait à des tabous, aujourd'hui on dérive sur la presse people.
Mais il ne faut pas généraliser pour autant. La presse satirique produit encore des articles très acerbes. Il suffit pour cela de prendre Le Charlie hebdo du 26 mars 2008 « Sarkozy aux handicapés : lève-toi et bosse! » ou le Canard enchaîné de la même date « Un nouveau sport Olympique, le tir avec 'retenue' ». Néanmoins, force est de constater que ces articles ont bien moins d'impacts que par le passé. Probablement à cause de cette généralisation ou du fait que les tabous et interdits, qu'ils soient sociaux, politiques et moraux, tombent. Cette chute favorise donc l'éclosion de critiques, plus ou moins pertinentes, ce qui peut faire perdre en crédibilité certaines nouvelles. Reste que malgré la fin de multiples barrières, il subsiste de vives résistances, Preuve en est les caricatures de Mahomet par des Danois et reprises par Charlie hebdo, qui ont conduit a un procès pour le journal et des menaces de morts pour les caricaturistes danois.
Conclusion
Pour conclure, nous voyons qu'il n'est pas forcément évident de déterminer si la presse satirique était plus mordante dans le passé qu'actuellement. Les époques sont différentes, les mentalités évoluent et les problèmes également. Il est évident qu'on ne peut pas aborder sur le même ton une guerre mondiale, un massacre humain et des problèmes de politique économique. De même , les tabous étant majoritairement abolis, il est normal que le public soit moins touché, moins choqué par les parutions satiriques. Mais la France n'est pas l'unique pays au monde et il faut aller au delà des frontières. Les résistances à la critique existent encore, et de manière très vive. Des menaces de mort pour une simple caricature existent encore et les journaux doivent encore s'attendre à des représailles de certaines populations extrémistes.
SOURCES
Charlie Hebdo
Le Canard enchaîné
Le Canard enchaîné, histoire d'un journal satirique, Laurent Martin, nouveau monde éditions 2005
http://palladio.free.fr/harakiri/
Histoire de la Monarchie de Juillet, Paul Thureau-Dangin, books.google.fr
Laisser un commentaire
Tags : presse satirique, canard, histoire, evolution, presse, satire, caricature
Suivre le flux RSS des commentaires de cet article
Revenir à la liste des articlesCommentaires
#219 Avril 2008 à 11:04Payda
Bonjour,
En premier lieu, merci d'avoir pris le temps de lire et pour vos critiques.
Alors oui, je n'ai pas tout abordé et ce pour plusieurs raisons :
- manque de temps
- manque de moyens
- place limitée en nombres de pages pour ce devoir, d'où la nécessité d'aller à l'essentiel, de faire bref et de ne pas sortir du sujet initial.
Mais je tiendrais compte de vos réfléxions pour l'oral qui est prévu.
En ce qui concerne l'autocensure, il est clair qu'elle a une part importante, et ce dans tous les journaux. Il faut coller à la ligne éditoriale, il faut éviter les représailles, on ne peut pas toujours tout divulguer ... bref l'autocensure, c'est le quotidien même de tout journaliste un peu expérimenté, le novice ayant tendance à tout vouloir dire et à se faire taper sur les doigts par le rédacteur en chef.
Je vous rejoins également sur le point de la caricature. Elle marque beaucoup plus les esprits qu'un texte très bien écrit, c'est indéniable. Elle en est d'autant plus redoutable ...
#325 Septembre 2008 à 12:59brianabonjour serait il possible de sa#425 Septembre 2008 à 13:02brianabonjour serait il possible d'avoir des informations supplementaire moi meme j'ai un exposé a faire et j'aurais aimé que vous m'apportiez vos lumieres sur certains point cordialement
Ajouter un commentaire



Haut de page

Quelques précisions toutefois. Vous ne parlez pas (ou assez peu) de la tradition anticléricale et antimilitariste du Canard enchaîné, traditions qui perdurent. Comme il s'agit souvent d'informations peu "porteuses", elles sont rarement reprises par les autres médias, contrairement aux scandales financiers et/ou politiques révélés dans l'hebdo satirique quasiment chaque mercredi.
De même, vous omettez de mentionner les deux périodes Charlie Hebdo (1969-1981 et 1992-aujourd'hui). C'est important, d'ailleurs. 1981 correspond à l'accession de F. Mitterrand à la présidence de la République, ceci expliquant peut-être cela. Par ailleurs, beaucoup regrettent l'ancien Charlie par rapport au nouveau, dont le rédacteur en chef est fréquemment épinglé par les critiques médias.
Il est possible que la presse satirique, d'une certaine manière, ait recours à l'autocensure, puisque la censure "officielle" n'existe plus. Néanmoins, sur les questions sociales et sociétales, aussi bien Charlie Hebdo que Le Canard enchaîné demeurent des publications de
référence même si, malheureusement, leur format ne leur permet pas d'aborder d'une part toutes les questions, et d'autre part de le faire dans la profondeur nécessaire.
En outre, le dessin est un arme redoutable quand il s'agit de caricaturer les mœurs et discours douteux des puissants et des autres. Les deux hebdos du mercredi font une large place à ce genre de critique indémodable.
Qu'en pensez-vous ?